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mercredi 7 décembre 2011

Au Japon, mangez comme les Japonais


Je suis étonné de ne pas avoir écrit cet article plus tôt. Voyez-vous, j'ai mis un brin de temps à m'habituer à la nourriture du Soleil Levant et à prendre mes marques dans les magasins du coin. Certains dans le dorm ne s'y sont toujours pas faits et ne le seront peut-être jamais. Sortez la bonne grosse charcute, le pain de campagne, le camembert bien fondant et le bon pinard car vous ne verrez rien de tel dans les étalages japonais et cet article va vous donner faim.

Le problème auquel je me suis confronté en arrivant n'a pas tant été de manger des produits auxquels je n'étais pas habitué que de ne pas trouver ce que je mangeais d'habitude. J'avais l'impression d'être perdu dans un océan d'inutile dans la supérette du coin, des rayons entiers étant consacrés à divers types de tofu et de sauce soja dont je serais incapable de sentir la différence, alors qu'il n'y a pas une boîte de lasagnes surgelées ni une conserve de petits pois en vue. Ce qui m'a le plus manqué reste les légumes : moi qui étais un inconditionnel des belles salades, des tomates gorgées de soleil et des courgettes aux saveurs du Sud, j'ai tout plaqué. D'une part parce que les légumes occidentaux sont rares, d'autre part parce que les prix sont prohibitifs.

Le plus jeune milliardaire du Japon

C'est un lieu commun que de dire que la vie est chère au Japon en général et à Tokyo en particulier. Le sac de trois pommes coûte 3€ en promotion, la mini-courgette tape dans la même gamme de prix l'unité et la barquette de dix lamelles de viande se balade dans les 5€. Je ne vous parle pas du pot de Nutella ni du sachet de fromage râpé. La vie est chère, donc, mais cela ne vaut que si on fait son baka gaijin.

Dès qu'on s'ouvre un peu à la nourriture locale, tout devient plus accessible : sachet de pousses à 60c, sachet de petites aubergines japonaises nasu autour d'1€50, sac de riz de 5kg à 12€ qui dure une éternité (le mien vient de rendre l'âme après plus de 2 mois de bons services), bouteille de sauce soja autour de 2€ pour parfumer son riz, sachet de pâtes japonaises yakisoba qui fait 3 repas pour moins de 2€, etc... Mais on se heurte à un autre problème qui est celui de la connaissance/expérience : c'est bien beau d'avoir acheté son radis japonais daikon pour 1€50, mais une fois avec le radis dans les bras, on se rend compte qu'on ne sait pas quoi en faire ni à quelle sauce le manger.
Il en est de même pour le riz : une fois arrivé devant l'autocuiseur son paquet sur l'épaule, on s'interroge pendant des heures sur la quantité de riz à incorporer, la proportion d'eau à ajouter, comment il faut laver le riz, et on hésiterait presque à demander aux compères asiatiques tant ça fout la honte d'être un noob complet. Imaginez donc, c'est comme si on demandait à 20 ans comment on cuit des pâtes ! Tant qu'on parle de riz, ne vous imaginez pas qu'on mange du Oncle Ben's ici. La variété est totalement différente, on a des grains de riz plus courts et plus ronds qui, une fois cuits sous pression grâce aux fantastiques autocuiseurs, donnent du riz qui colle et qui peut facilement se manger avec des baguettes. Le tout est de gérer la quantité, car ce qu'on pense être correct pour un repas peut parfois suffire à nourrir la Somalie toute entière.


L'avantage d'habiter dans un quartier étudiant, c'est qu'il y a partout de petits restaurants et autres échoppes où on peut manger pour trois fois rien. Il est même difficile de trouver un menu à plus de 10€ dans le coin ! En général, on peut se faire un bon repas plat principal + riz + soupe miso pour 500Y (5€) et on est calé pour la journée. Profitant de cet heureux coup du sort dans la ville la plus chère du monde, voilà un petit topo des bons plans repas plutôt représentatifs de ce qu'est vraiment la nourriture japonaise d'aujourd'hui :
  • Tendon 天丼 (Tempura-Donburi) :


Comme la plupart des plats finissant par "don", il s'agit de quelque chose sur un bol de riz. Dans le cas présent, il s'agit des tempura, qui sont des sortes de beignets frits de légumes ou, dans le cas général, de longues crevettes et autres fruits de mer. A peu près 500Y pour le set-repas à midi (tendon + soupe miso + petits légumes). Soit un rapport qualité/prix imbattable.
  • Râmen (ラーメン)


Bien connu des amateurs de Naruto, les râmens sont un peu plus chers que les autres délices présentés ici (à peu près entre 600 et 800Y = 6-8€), mais ils les valent grandement. Il s'agit d'une soupe de nouilles chinoises dans un bouillon parfumé à telle ou telle saveur, contenant en outre lamelles de porc et divers légumes. On peut rajouter à sa préférence sauce soja, épices ou gingembre pour rendre le tout encore MEILLEUR ! Les meilleurs enseignes que j'aie trouvées sont Ippûdô (d'où vient cette photo) et Tenkaippin.
  • Udon (うどん)


Autre type de nouilles souvent consommé en soupe et à ne pas confondre avec les râmens. Plutôt que de soupe, parlons de bouillon : de bonne grosses, longues et épaisses nouilles fondantes sont plongées dans un fond d'eau chaude aromatisée à sa préférence avec herbes, gingembre, tôfu, oeuf ou encore tempura. Simple, donc ultra bon marché, on en trouve partout pour nourrir les salarymen affamés qui ne veulent pas se prendre la tête. Le bas de gamme se trouve à 300 yen chez Hanamaru, où j'ai fait mon premier repas japonais à mon arrivée, mais on trouve bien mieux dans les échoppes familiales.
  • Gyûdon (牛丼)


LE bon plan pas cher. Il s'agit de boeuf rissolé accompagné d'oignon grillé sur un bol de riz, le tout avec du gingembre à disposition et de la sauce légèrement sirupeuse si le coeur vous en dit. Ce délice est vendu dans les 12€ rue de l'Opéra alors que ça ne coûte que 400Y -4€- pour le grand format chez Sukiya. Rapide, bon et numéro un en rapport qualité/prix et quantité/satiété, c'est un peu le fast food à la japonaise. Et dieu que j'aime ça.
  • Riz au curry (カレ―ライス)


Allez savoir comment ce plat indien est arrivé dans ce coin du monde, mais il a été repris à la sauce japonaise jusqu'à devenir une part importante de la culture culinaire contemporaine du Japon. Il s'agit donc d'un plat de riz accompagné d'un curry plus ou moins épicé à base de légumes et parfois d'un peu de viande. Mon enseigne de référence reste CocoIchibanya où on peut se régaler pour 500Y mais où il est suicidaire de choisir les currys vraiment épicés.

Si vous voulez vous régaler plus avant, voilà un blog tenu par des camarades étudiants d'échange sillonnant les petites échoppes autour du campus. Et faisant des découvertes de malade mental pour notre plus grand bonheur.

C'est bien beau d'avoir toute une palette de choix plus délicieux les uns que les autres, mais quand on n'a que 45 minutes pour manger entre deux cours, c'est un peu rush. C'est là que le Japon dévoile son génie en transformant ce qui n'est qu'un simple casse-croûte chez nous en une véritable institution : le bentô (弁当).


Au départ simple ration de riz offerte par les seigneurs de guerre pour nourrir leurs troupes, le bentô a traversé les âges pour rester une particularité japonaise. Il y a autant de bentô différents que d'étoiles dans le ciel, le contenu allant de l'uniformité la plus barbante à la sophistication absolue. Le seul point commun à tous ces casse-dalles -et encore !- est de renfermer une quantité plus ou moins importante de riz, le reste consistant en quelques légumes marinées, viande en mode gyûdon ou yakiniku, ou encore des croquettes, des tempura, des sushis, des sashimis, des boulettes, etc... au gré des milliers de combinaisons possibles. Il s'agit donc d'un plateau-repas complet pouvant exprimer l'originalité et la cool-attitude de son hipster de propriétaire par le choix et la disposition des aliments.

Kawaii bentô

Geeky bentô

Freaky bentô

Les bentô peuvent s'acheter partout : il y en a dans tous les combinis ouverts 24h/24 pour combattre le cocktail flemme/fringale de 3h du mat', mais aussi dans l'immensité des échoppes spécialisées qui n'ouvrent que le temps de midi (et qui font les meilleurs), et jusqu'aux vendeurs individuels qui sévissent avec leur stock de bentô et hèlent le chaland. Les bentô tout-préparés se vendent de 200 à 600Y selon le ratio quantité/provenance/qualité, mais son repère de référence reste le casse-dalle à 380Y (3€80). C'est un brin plus cher que le jambon-beurre du Crous, mais aussi 1000 fois meilleur. Si on ne veut pas se contenter des produits industriels et qu'on courre le risque d'être emporté par son estomac au détriment de son portefeuille, on peut aller chez Origin Bentô où on compose soi-même son casse-croûte et on paye en fonction du poids et des produits choisis.

Si on veut vraiment rester maître de sa nourriture (ou si on est fauché), on peut aussi préparer les bentô soi-même et susciter l'admiration de tous ses petits camarades Japonais. Je ne sais pas s'ils sont en extase parce que ce sont des manches, des flemmards de la casserole ou s'ils veulent juste être polis (je vous promets un article sur la tendance qu'ont les Japonais à sur-exprimer leurs émotions), ou encore parce que ça touche un trait culturel profond. Les cantines étant de mémoire peu répandues, c'est traditionnellement la Maman attentionnée qui prépare la boîte-repas de sa progéniture chaque matin. De même, c'est la femme aimante qui compose le bentô de son mari, le temps et le soin passés étant proportionnels à l'affection qu'elle lui porte.

Le bentô de la femme de ta vie


Si on sort manger et qu'on a un peu plus de thunes à dépenser, on peut aussi trouver son bonheur au pays du Sushi Levant.
  • Izakaya (居酒屋)


Je vous en ai parlé à plusieurs reprises, il s'agit du bar japonais. Qu'il ait un mobilier occidental ou juste des tables basses et des coussins pour s'asseoir en tailleur, il ne partage en rien l'ambiance glauco-morbide des PMU, l'atmosphère alcoolique/bobo des brasseries (selon si on se trouve en province ou à Paris) ou encore rosbiffo-sportive des pubs irlandais. C'est vraiment un feeling à part entière où on est coolos, détendax et entre amis. Notons que l'offre des menus est plus développée que dans les bars occidentaux ; à vrai dire, il est possible de se faire un bon petit gueuleton dans l'izakaya du coin pour accompagner sa bière (ou son saké).

Edamame, sorte de petit pois salé qui se marie bien avec la nama-bîru


Yakitori, des brochettes de volaille grillées à point et bien saucées


Cartilage de poulet frit (鶏軟骨のから揚げ), ça croque sous la dent et ça surprend la première fois, mais on s'y fait.


Les fameux Gyôza qui, contrairement à ce qu'on pense généralement, ne sont pas japonais mais chinois. Quoi qu'il en soit, ce sont des raviolis d'un mélange viande hachée/légumes particulièrement délicieux avec de la sauce soja.

Takoyaki, boulettes de farine fourrées au poulpe. Un régal absolu, l'un de mes plats japonais préférés.

Ne croyez pas que la nourriture d'izakaya se limite à cela : ce ne sont que des exemples parmi une infinité de choix possibles. Et sans doute ce que je préfère commander !

  • Restaurant de sushi (寿司屋)
Attention, nous avons deux possibilités majeures ici.

Vous êtes avec des amis et vous n'avez pas envie de dépenser des sommes folles ? Pas de problème, direction le Kaitenzushi (回転寿司), alias le "sushi qui tourne" !


Le principe est hilarant : au milieu de l'îlot autour duquel les clients s'installent, le cuisinier prépare sous vos yeux ébahis toutes sortes de sushis avant de les déposer sur un petit tapis roulant qui fait tout le tour de la table. Le rythme est non-stop : sitôt l'assiette posée, les clients peuvent se l'arracher et se l'avaler en un instant. Les différentes espèces de poisson étant dépecées à tour de rôle, si l'on a une soudaine fringale de thon rouge et qu'aucune portion n'est visible sur le tapis roulant, on peut passer commande et avoir son dû en quelques instants.

Pour ce qui est de la qualité, c'est excellent. Les sushis se vendant autour de 110Y (un euro) les deux bouchées - un peu plus s'il s'agit d'une portion plus grande ou d'un poisson plus cher - on peut se faire un bon petit festin pour 10€. S'ils semblent bien petits, n'oubliez pas que les sushis sont à base de riz et que ça cale vite ! On paye en fonction de la pile de petites assiettes à sushi amassée devant soi, ce qui donne la tentation de refiler la moitié des siennes à son voisin salaryman endormi sous l'effet de l'alcool. Résultat non garanti.

Si on a un peu plus d'argent à dépenser, qu'on est en rendez-vous galant, qu'on veut épater son sempaï (et lui faire payer l'addition) ou qu'on veut tout simplement se faire un grand plaisir, direction le restaurant de sushi à plus haut standing.

*bave*

Les choses se passent de façon plus classique : on s'installe, on commande une quantité fixée de sushis (ou pas si on s'est claqué l'option tabehôdai = à volonté), on attend un peu puis on a l'un des meilleurs trucs au monde sous les yeux. En deux mots : orgasme culinaire.
Bien sûr, les prix suivent. La plâtrée du dessus a tapé dans les 2200 yen (22€), mais ça les valait grandement. Et les quinze méga-bouchées ont calé mon appétit de morfale.

  • Le restaurant de yakiniku (焼肉屋)
Comme écrit plus haut, la viande coûte une fortune. Dans cette situation, se faire un festin de grillades est un plaisir incomparable et un plat remplit cette envie à la perfection : le yakiniku, littéralement "viande grillée" et officiellement barbecue coréen.

*re-bave*

C'est comme un barbecue dans son jardin, mais à l'intérieur d'un restaurant. On s'assoit à une table munie d'un grill en son centre, on commande diverses assiettes de viande crue et quelques légumes et c'est parti pour le banquet ! La viande étant tendre à souhait, c'est un pur délice qui suit tant que l'estomac/le porte-monnaie suit. Pour un bon repas dans un resto standard, il faut compter de 2000 à 3000 Y (20€~30€) selon la quantité engloutie. C'est cher, mais ça le vaut.

Ceci dit, j'ai entendu parler d'un restaurant de yakiniku avec viande à volonté pour seulement 1000 yens, ça me semble tellement incroyable que j'ai absolument envie d'y aller. C'est là qu'une des filles de mon dorm a clairement exprimé son refus, non parce qu'elle n'aime pas ça mais parce que la provenance de la viande semble trop louche pour être honnête. Peut-être n'est-ce que parano de sa part, mais c'est dans ce genre de situation que resurgit le spectre d'une préoccupation que j'ai peu à peu perdu au cours de mon séjour...


mercredi 26 octobre 2011

Nakamura 4 ever

L'autre jour, je suis tombé malade. J'ai dû me choper une saloperie qui passe, avec pour résultat un rhume bien méchant et une grosse faiblesse qui m'a cloué au lit pour l'aprèm. Pauvre chou

Ca doit être à cause de l'automne tout ça, avec une alternance de jours chauds à 25°C et de jours frais à 15°C. Encore que je ne crache pas trop sur l'automne, tout d'abord parce qu'il n'y a eu qu'une ou deux journées froides depuis le début et parce que c'est la saison idéale après un été de l'angoisse où on se demande par où est la sortie du hammam. Et à la différence de la France, notamment de mon Plateau, il ne pleut quasiment jamais. Du coup, on se balade en T-shirt jusqu'à se faire fister par la monsieur de la météo.

Etant malade, j'ai fait comme les Japonais : j'ai mis un masque.


Halloween n'est plus très loin.

A part ça, il m'est arrivé plein plein de trucs durant ce mois où je n'ai presque pas posté. Ca part dans tellement de directions différentes qu'il n'est pas facile d'en faire un récit harmonieux... Mais fort heureusement, j'ai trouvé un fil conducteur pour beaucoup d'évènements : Nakamura-san, la gardienne de la résidence.


Tout a commencé lors d'une soirée normale fin septembre, où en rentrant de courses je décide de passer par la cuisine. Et là, grand WTF, je vois les Italiennes et Nakamura-san attablées autour de deux packs de bière. Vides. Je me vois proposer une des bières restantes, je la prends et m'apprête à l'ouvrir quand Nakamura-san m'arrête à temps : elle n'est pas fraîche, il faut la mettre au frigo pendant quelques minutes. Awesome.
Elle nous a alors un peu raconté son histoire personnelle. Fan d'Elvis dans les 60es, elle a appris quelques rudiments d'anglais en écoutant ses chansons. Elle aime toujours la musique d'ailleurs, ainsi que le cinéma, ce qui fait drôle de voir cette incroyable grand-mère japonaise s'enflammer pour Autant en emporte le vent. Elle a bossé pendant quelques décennies dans la résidence, et maintenant que c'est sa dernière année... Pour une raison ou pour une autre, elle nous a pris en affection et demande plusieurs fois si ça nous dérange qu'elle soit là. Bien sûr que non !

Le jeudi suivant, je monte dans la cuisine à temps pour voir deux grands bols de salade et un pichet de Sangria maison faits par mamie Nakamura à notre attention pour le dîner. Awesome. Mais le timing est très mauvais, ayant un rendez-vous prévu avec d'autres personnes... Ce n'est que partie remise, car le samedi s'organise une grande cooking party dans le dorm !

Les Pays-Bas préparant des sortes de pains perdus ultra bons

Boulettes de viande pour l'Italie

Purée de pommes de terres et brocolis pour le Danemark

Plâtrée de maki de la part d'une Residing Assistant japonaise

Mais le top du top, c'est Nakamura-san qui s'est une fois de plus déchirée pour nous.


Si je ne me rappelle plus du nom du plat, il n'en reste pas moins que c'est un sacré baquet avec du riz surmonté de morceaux d'omelette, de légumes frais, de fruits de mer, etc... Le must, quoi.

A côté de ça, l'Angleterre, la France et le Mexique ne brillent pas pour leur originalité vu qu'ils ont préparé respectivement des pancakes, des crêpes et des tacos. L'union des glucides fait la force. Toujours est-il qu'on a eu à manger pour trois jours après ça.



Une semaine plus tard, Nakamura-san nous a entraînés dans le resto de son fils. Oui, de son fils, qui tient un petit resto de cuisine française ultra-populaire et ultra-coté pour lequel il faut réserver des semaines à l'avances pour avoir une table. C'est comme ça qu'on s'est retrouvés un dimanche à Asakusa, quartier à l'ambiance très chouette renfermant notamment le plus ancien temple de Tokyo, qui est à mes yeux celui qui a le plus de gueule : le Sensô-ji !

Le complexe est ouvert par la célèbre Kaminarimon (雷門, La porte du Tonnerre), gardée par Raijin et Fûijin, dieux de la Foudre et du Vent

Plutôt célèbre aussi, l'allée menant au temple est occupée sur 200 mètres par une infinité d'échoppes vendant babioles, kimono et nourriture. Le meilleur endroit pour trouver des souvenirs à Tokyo.

Le portail d'entrée monumental du temple, qui n'est pas là pour rigoler

Le temple proprement dit, envahi par les touristes le week-end. Là, c'était un soir tranquille de semaine


Asakusa est encore relativement proche du dorm, à à peu près 30 minutes en métro changements compris. Mais le problème, c'est que quand on a une gueule de bois à cause de la double-soirée de la veille, 30 minutes bringuebalé dans tous les sens semblent une éternité. Une éternité de souffrance. Fort heureusement, quand on réapparaît à la lueur du jour, il y a certaines choses qui font passer la nausée. Le Tokyo Sky Tree, par exemple.


Avec ses 634 mètres, c'est la plus grande tour du monde et la seconde plus grande construction du monde (coucou Burj Khalifa).

En s'éloignant un peu des grandes avenues pour s'aventurer dans les petites rues, on arrive dans le restaurant. La classe.


Ce n'était pas vraiment de la cuisine française, mais bien plutôt de la cuisine japonaise adaptée à une présentation à la française. C'est d'ailleurs bien mieux comme ça, je n'ai pas fait le tour de la Terre pour manger un steak frites ! Croyez-moi, c'était un délice.




Continuons dans un autre registre avec une sortie culturelle : nous étions alors le lundi 17 octobre au soir. Nakamura-san connaissait un temple où se déroulait un matsuri et tenait absolument à nous y emmener. C'est ainsi qu'elle s'est présentée devant nous avec une paire de baskets aux pieds, déclarant que c'était à une vingtaine de minutes de marche tout en nous montrant son smartphone avec un grand sourire. Une application y affichait qu'elle avait fait plus de 10.000 pas dans la journée. Elle tient la forme pour une demoiselle de plus de 70 ans !

Le temple était assez loin en effet. Dénommé Kishimojindô (鬼子母神堂), il est dédié à une divinité bouddhique nommée Kishimojin (鬼子母神, les caractères signifiant uns-à-uns ogre/enfant/mère/dieu), d'où le nom du temple, mes très chers captain obvious. Dans les temps anciens, il s'agissait d'une ogresse dévorant les enfants des autres pour nourrir les siens. Mais un jour, le Bouddha est arrivé et lui a donné une petite leçon en touchant à ses enfants, et depuis l'ogresse cannibale s'est calmée pour devenir une protectrice des mères et des enfants. De nos jours, les mères japonaises vont prier à ce temple pour bénir leur relation avec leur progéniture.

Demoiselles japonaises devant le Kishimojindô

Toujours est-il que le matsuri n'avait pas grand chose à voir avec ça. Il s'agissait de l'Oeshiki-matsuri, festival de grande ampleur qui se déroulait dans trois endroits différents de Tokyo en même temps, et sans doute aussi en dehors de la capitale. En mémoire de Nichiren, grand bonze du XIIIe siècle, on fait la fête autour des temples et on lance de grandes processions à grands renforts de musique et d'acclamations. Mais le plus important reste la lanterne.


Portée à tour de rôle par les participants, elle pulse et virevolte au son des tambours comme une méduse. Petit morceau d'ambiance avec une vidéo du cru.



On ne voit qu'une lanterne sur cette vidéo, mais il paraît qu'une grande procession a eu lieu plus tard dans la soirée avec une dizaine de poulpes lumineux du même genre. Mais c'était trop tard pour nous, malheureusement.

Quoi qu'il en soit, j'ai adoré l'ambiance de kermesse qui régnait tout autour du temple. Des dizaines et des dizaines d'échoppes et de stands s'étaient plantés dans le domaine, vendant de la nourriture typique pour pas cher, des bières pour très cher, des petits poissons rouges pour les enfants et toutes sortes de masques, vire-vents et autres babioles dans un esprit festif. Ca sentait bon la fête innocente et les souvenirs d'enfant.






Dernière sortie et pas des moindre, Nakamura-san tenait à nous emmener dans un izakaya qu'elle connaît bien. Samedi dernier donc, on part en début de soirée pour Yotsuya, au coeur de la capitale. On prend l'ascenseur dans un immeuble semblable à tant d'autres, et rien ne laissait présager que l'ouverture des portes nous précipiterait dans une bonne ambiance de bar à la japonaise. On se serait cru aux temps de la Prohibition où des portes dérobées menaient aux pubs clandestins.

Là, les tenanciers d'un certain âge saluent Nakamura et nous emmènent à une grande table. Il n'y avait quasiment personne, comme si l'établissement avait été privatisé pour nous. On a très vite commencé à trinquer alors que les plats simples, mais ouffisimes d'izakaya affluaient devant nous. Poulpe, sashimi, croquettes, on a eu droit à tout. Mais le plus beau, c'est quand notre Resident Assistant Hiroshi nous a annoncé que Nakamura était une grande habituée de ce bar. Au même moment, elle est apparue avec une énorme bouteille de whisky offerte par le patron et qu'elle a posé sur la table avec l'air de dire "Roulez jeunesse !". C'était magique.

Plus tard, un vieux pote de Nakamura est arrivé et s'est assis à la table. Avec sa voix rauque mais posée, son visage ridé, ses yeux réduits à la taille de fentes et son béret vissé sur la tête, il était entièrement dans l'ambiance. La véritable image d'Epinal du grand-père ouvrier habitué des bars où il retrouve ses potes le soir venu. Et pour un habitué, c'était un habitué lui-aussi : sur un simple geste, le patron lui a passé sa bouteille personnelle. Avec une coque en bois peinturlurée d'inscriptions et au goulot entouré d'une dizaine de pendentifs et bibelots clinquants, on ne pouvait faire plus customisé. Comme on pouvait le penser en le voyant, il était ultra-sympa : il nous a suffi de parler un peu avec lui pour qu'il nous ramène des pâtisseries japonaises et en distribue à tout le monde. Il est même allé jusqu'à faire un aller-retour pour en chercher une deuxième tournée pour les demoiselles. Adorable jusqu'au bout.

Comme Nakamura-san.

vendredi 21 octobre 2011

Les samouraï du houblon


J'ai attendu d'avoir un peu de bouteille avant de parler de ce sujet fort intéressant qu'est sortir au Japon.

Eh oui, que fait la jeunesse tokyoïte les soirs du week-end ou de la semaine ? Elle sort se faire une bouffe au sushi-bar du coin ? Elle sirote une bouteille de saké au bord des douves du Palais impérial sous les cerisiers en fleurs ? Elle part se déhancher sur de la J-pop dans les boîtes de nuit tenues par des yakuza, avec des samouraï comme videurs ?

Que nenni. Elle va se murger la gueule.

Etudiant lambda un vendredi soir

Quelques petites précisions avant d'aller plus loin.

1. La plupart des alcools sont vendus à un prix hallucinant au Japon.

Cela concerne tout particulièrement la bière : si on veut de la vraie bière, il faut être prêt à allonger autour de 300 yens (3€) pour une canette de 33 cL. Et plus encore si on veut de la bière d'importation. C'est sans doute à cause de ça qu'une autre catégorie de bière, nommée namabiiru (生ビ-ル) et brassée par les mêmes compagnies se vend partout pour deux fois moins cher. Pour faire simple, c'est de la bière filtrée mais non-pasteurisée qui est censée avoir un goût plus frais et se conserver moins longtemps. C'est un juste équivalent des bières de luxe française qui ne sont bonnes qu'à décaper les chiottes mais qu'on boit par habitude ou parce que c'est bon marché. Toujours est-il que la namabiiru semble être la boisson la plus populaire chez les jeunes japonais.

Après, on trouve en vrac tous les alcools asiatiques qui ne sont pas très très chers, au même titre que le whisky (je n'ai toujours pas compris pourquoi). On a bien sûr du Nihonshu (ce qu'on désigne par saké en Occident) qui se décline comme les vins français en infinité de labels, mais aussi du Shôchû (de la liqueur de riz autour de 25%-35%), de l'Umeshu (alcool de prune très sucré qui se boit on the rocks ou avec du soda), du Soju (alcool de riz coréen qui a le même goût que la vodka mais qui est à 20%), etc... On les boit d'habitude posé dans des izakayas (bars japonais) normaux, pas tellement pour les grosses orgies. A noter que les demoiselles prisent tout particulièrement un cocktail nommé Kashisuorenji qui, comme son nom l'indique, est à base de crème de cassis et de jus d'orange. A essayer.

En revanche, mes chers adeptes du jus de raisin, ce n'est pas la peine de chercher du vin ici. Même pas en rêve. La piquette vendue au Franprix du coin pour 0.75 € (typiquement le Grappe-vin ou la Cuvée du patron) se négocie autour de 500 yens (5€) ici. Tenez-le pour dit.

2. Le groupe étudié n'est pas une équipe de baltringues.

Outre son excellence académique et son rayonnement sans pareil dans l'archipel ("Perle des universités privées" selon mon dico électronique), Waseda a une autre particularité qui fait sa renommée. La réputation d'une université d'alcoolos.

J'ai déjà dû vous en parler, Waseda est l'université avec le plus grand nombre de clubs et de cercles du Japon. Clubs dont l'intégration est incontournable si on espère avoir une vie sociale. Clubs avec lesquels ont sort souvent. Clubs avec lesquels on va boire tout le temps. On appelle ce rituel nomikai (飲み会, littéralement "rencontre pour boire").

Le déroulement est simple. Tout d'abord, on se rassemble devant la station Takadanobaba avant de partir en groupe pour un izakaya du coin, qu'on soit 5 ou 50. On fourre ses chaussures dans un casier ou un sac plastique, on prend ses aises dans une pièces aux dimensions convenables et on lance la première commande de bière. Dès lors et pendant deux heures, c'est boisson et souvent bouffe à volonté. On entre dans la véritable socialisation japonaise avec discussions enflammées, jeux d'alcool plus ou moins salauds et désinhibition totale sur fond de course à qui descend le plus de verres. La petite japonaise timide et réservée peut se changer en incroyable chagasse en l'espace de quelques culs secs.

Une fois mis à la porte par les tenanciers, on se divise en plusieurs groupes envahissant les combini (supérette ouverte 24/24) pour racheter des munitions puis on part à la recherche d'un bon coin pour une after. L'option la plus pratique est de partir hanter le parc Toyama voisin, espace immense de verdure nous ouvrant grand les bras. On continue la soirée là-bas jusqu'à ce qu'un évènement extérieur (la police par exemple) vienne nous disperser. Le tout se termine sur le coup de minuit à Takadanobaba, où les gens bourrés dorment par terre ou vomissent sans la délicatesse occidentale de gerber dans les toilettes ou un coin hors des regards (les Japonais nous trouvent vachement classes pour ça d'ailleurs), puis on prend le dernier métro pour rentrer chez soi. Et se remettre.

Début de nomikai à 100 convives. Il a vite dégénéré en discours des uns et des autres appelés à faire des culs secs de bouteilles de bière ; chaque victime désignant la personne suivante, c'est un très bon moyen de régler les vendettas personnelles.


Minuit ? Oui, j'ai bien écrit minuit. Les soirées commencent extrêmement tôt au Japon, autour de 17h30-18h, ce qui n'a pas manqué de m'étonner en arrivant. Mais le soleil se couchant vers 17h, on est tout autant en pleine nuit et on se sent comme à 21h de l'autre côté du globe. C'est plutôt cocasse de réaliser qu'on est bourré à 19h alors que la nuit ne fait que commencer. L'avantage de ce système, c'est que les soirées finissent tôt et permettent de se réveiller en bon état le lendemain, qu'on ait cours ou non. Il faudrait en prendre note pour Paris.

On dit souvent que les Japonais ne tiennent pas l'alcool. C'est bien souvent vrai, et pas seulement parce qu'il leur manque un gène codant pour une enzyme rendant l'alcool tolérable pour l'organisme. Ils ont une expérience différente de l'alcool qu'en France ou ailleurs en Europe. Dans un pays où l'âge légal de consommation d'alcool est à 20 ans, les jeunes japonais n'ont jamais bu plus d'une goutte avant la séparation d'avec les parents. Les premières expériences se font donc lors de l'entrée à l'université, versant directement dans le binge drinking sans conscience de ses propres limites. C'est assez drôle de voir les Japonais faire à 18-19 ans les mêmes erreurs que les Français à 14-16 ans.

Cette culture particulière de l'alcool se poursuit dans la vie professionnelle. Il n'est pas rare qu'après une journée harassante au boulot, les salary men partent en groupe à l'izakaya du coin pour se faire une petite bouffe mais surtout, surtout boire des bières. On pourrait penser que c'est le moment où les barrières hiérarchiques se brisent ; bien au contraire, elles sont plus présentes que jamais. On touche ici aux usages de la boisson, qui sont les suivants :
  • On ne se ressert jamais à boire. Lorsque son verre est vide, on ressert un autre convive (idéalement un sempai, ie un aîné ou un supérieur hiérarchique) qui à son tour remplira l'autre verre.
  • Lorsqu'on se fait servir, il est de bon ton de tenir le verre avec une main et d'en soutenir le fond avec le bout des doigts de l'autre main. De même, lorsque l'on sert, il faut s'assurer de présenter l'étiquette de la bouteille au convive auquel on verse l'alcool.
  • On ne refuse rien au sempai. Si le sempai veut te faire boire, tu bois.

En clair, la finalité de l'alcool est différente entre l'Occident et le pays du Soleil Levant. En France, c'est en premier lieu un moyen de socialisation : on va boire avec des amis pour se retrouver, fête la fête et passer un bon moment. Boire seul fait alcoolique. Au Japon, l'alcool suit une logique différente : on va boire pour se foutre une mine, mais on le fait en groupe.


Salaryman lambda le samedi soir