vendredi 18 novembre 2011

Le jour du Chevreuil

Vous vous demandez encore à qui ressemble mon quotidien ? Voilà un lundi comme les autres...



Concept honteusement piqué à Didier qui l'a sans doute lui-même piqué ailleurs.

mardi 15 novembre 2011

Des ninjas dans la ville

Quand on pense au Japon, la première chose qui vient en tête est le triptyque geisha/samouraï/ninja. Rajoutez les cerisiers en fleurs et le mont Fuji en arrière-plan pour avoir la plus parfaite image d'Epinal. Mais c'est là qu'on se dit que c'est faux, que le Japon d'aujourd'hui c'est la métropole tokyoïte, l'héritage des bombes nucléaires, les karaokés, l'électronique pas chère et les mangas. Puis on embraye sur le modèle de développement économique, l'industrie du jeu vidéo, la gentrification de la population japonaise...

Stop ! On s'arrête là.

Vous pensez que les ninjas n'existent pas ? Comment pouvez-vous en être si sûrs ?
Quelqu'un vous l'a dit ?
Et si toute votre vie, on vous avait fait croire que les ninjas n'existent pas ?

Ils existent. Je les ai vus. Ils ne font que se cacher parmi nous.

La petite histoire remonte à un peu moins d'un mois. J'étais allé à un nomikai de mon club de karaté où se trouvaient, outre le maître et les autres sportifs, les anciens membres du club désormais salarymen. J'ai rencontré parmi eux M. Tsumura, un jeune marié très sympathique passionné par la France où il a déjà fait plusieurs voyages. Il me donne sa carte de visite, je lui donne mon Facebook, on garde contact.

Il y a deux semaines, il me convie à un dîner avec sa femme, francophile depuis toujours. On se donne rendez-vous à la station de métro Waseda, je fais connaissance avec Madame et on y va. Où ça ? Au Ninja café, à Akasaka.

On a mis cinq minutes à chercher l'emplacement exact du restaurant, et pour cause : il est presque invisible. Pris entre deux chaussées avec une façade noire ondulée uniforme sans fenêtre ni signe particulier, il se fond dans la nuit. Seul un présentoir discret planté devant l'entrée trahit la présence de l'établissement.

Une forteresse.

En entrant, on se retrouve dans un petite pièce où ne se trouve que le réceptionniste à son office. Une fois la réservation vérifiées, il tape deux fois dans ses mains et lance un ordre. Une femme ninja surgit d'une porte dérobée, comme tombant du plafond. Elle nous emmène à travers une autre issue secrète vers une succession de couloirs plongeant dans les profondeurs de la Terre. Il fait sombre, les souterrains sont étroits, les murs sont de roche et les pièges sont nombreux. Passé le pont-levis, on se retrouve dans une forteresse ninja : un véritable dédale autour de bâtiments massifs à la lueur des torches. Ambiance incroyable. Notre guide nous emmène jusqu'à notre table, située dans une alcôve avec des murs en pierre brute, puis disparaît. Un autre ninja aux bras musclés se mettra à notre service par la suite.

Notre loge et l'arbre aux shurikens - comestibles

La nourriture était excellente, le nom et jusqu'à la présentation des plats étant relié d'une façon ou d'une autre aux ninjas. Le plus impressionnant n'était cependant pas le menu, mais le ninja spécialiste qui est venu nous voir au milieu du repas. Le visage à moitié dissimulé, une mallette à la main.

J'ai déjà rencontré des magiciens et autres prestidigitateurs auparavant, mais celui-ci ne joue pas dans la même catégorie. Il y a bien sûr les tours banaux quoique bluffants des cartes qui apparaissent de nulle part, des pièces invoquées par le Saint Esprit et autres tours de passe-passe, mais là où j'ai été tué, c'est quand on m'a demandé de tenir fermement l'intégralité des cartes entre mes deux paumes. Le ninja a tiré une première carte - ce n'était pas la bonne, mais c'était prévu et le bonhomme l'a sortie au second tirage. Puis il a malaxé son chakra ou je-ne-sais-quoi pour faire apparaître une carte devant lui. Echec. Echec ? Non, car ce n'est pas une carte qu'il a fait apparaître, mais c'est l'ensemble du deck qu'il a fait disparaître d'entre mes mains ce bâtard. A la place se trouvait un morceau de plexiglas rectangulaire, et je n'y ai vu que du feu. On était effondrés, tous les trois. J'ai vérifié mon portefeuille après coup, on ne sait jamais ce qu'il peut arriver avec cette racaille. N'oublions pas que les ninjas sont des voleurs espions avant tout.

Un autre ninja nous a raccompagné à la sortie - où on s'est retrouvés comme par miracle. En chemin, il m'a demandé tout naturellement d'où je venais. J'aurais pu le troller en disant Paraguay ou Ukraine, mais j'étais tellement fou qu'un ninja m'adresse la parole que j'ai joué la carte de la vérité. Et là, devant la porte, il nous a sortis deux parchemins de nulle part qui font bien rêver.

Ninja seal of approval

Une autre chose qui a fait rêver, c'est que j'ai mangé aux frais de la princesse, M. Tsumura s'étant chargé de régler pour moi. Pourquoi ? Parce que je suis son kôhai. Je vous avais déjà parlé de la relation sempai-kôhai dans l'article consacré à l'alcool, mais il faut voir que c'est beaucoup plus profond qu'un simple bourrage de gueule imposé. A partir du moment où il y a une différence d'âge significative entre les deux parties, le sempai paye systématiquement pour son cadet parce que ses propres sempai ont payé pour lui du temps où il était kôhai. On a ainsi une chaîne intergénérationnelle qui se fait, un échange de générosité et de soins ininterrompu depuis la nuit des temps (ou peu s'en faut). Et ça, c'est beau. C'est un visage du Japon qu'on n'a pas tant l'occasion de voir depuis l'Occident. Et c'est tout autre chose que l'amalgame Japonais = ninjas = Naruto.

Encore que Naruto lui-aussi casse la dalle aux frais de ses aînés.

jeudi 10 novembre 2011

Sôkeisen ou le match des titans

Si la fin du mois d'octobre rime habituellement avec Halloween, citrouilles, squelettes et compagnie, c'est un peu différent à Waseda. D'une part parce que pas mal de monde n'en a rien à cirer d'Halloween, et d'autre part parce qu'un évènement autrement plus important a éclipsé le sabbat des sorcières :

早慶戦
(Sôkeisen)

Avec le 早 de Waseda (稲田), le 慶 de Keio (応) et le 戦 de sensô (争) qui veut dire guerre, le sens s'éclaire. C'est la baston entre les deux universités rivales, la crème fouettée de l'enseignement supérieur privé, la bataille des deux frères ennemis, j'ai nommé le match de baseball semestriel entre les universités Waseda et Keio ! Etant l'évènement sportif le plus attendu par les étudiants de ma fac, on peut comparer ça à notre Crit à nous. Sauf que les tickets sont à 500Y (5€) et que ça a toute une autre dimension.

Sôkeisen est toujours le match de clôture de la Ligue des six universités de Tokyo, qui se tient chaque année au printemps et à l'automne. Il est donc systématiquement retransmis à la télé par la NHK (le France Télévisions japonais) et le score s'affiche sur la une des grands quotidiens nationaux. Et on en fait des films aussi.

"Last game : le dernier Sôkeisen", un drame social très engagé autour du baseball, de la jeunesse et de la Seconde Guerre Mondiale.

C'est bien beau tout ça, mais ce n'est pas pour le match en lui-même que toute la faune de Waseda se presse. Car derrière les joueurs, c'est dans les tribunes que la véritable compétition se fait : celle de l'ambiance. Et ceux qui mènent la danse sont les véritables combattants : les Ôendan (応援団, littéralement groupes de supporters).


Waseda superheroes

Ce ne sont pas des bandes de bras cassés qui beuglent dans un mégaphone ni des rigolos qui tirent des feux de Bengale, non, ce sont de véritables formations de pompoms accompagnées d'une fanfare, le tout coordonné par les leaders (les Ôenbu, 応援部) et géré par leur propre manager.

Que font les leaders, me demandez-vous ? Ils guident la barque, accordant fanfare et pompoms, lançant les chants, encourageant les joueurs par leurs chorégraphies et narguant les ôendan adverses. Avec leur uniforme d'étudiant japonais entièrement noir (inspiré des uniformes militaires du XIXe siècle) assorti d'un brassard aux couleurs de leur université, leur gestuelle martiale et leurs cris qui ne le sont pas moins, ils ont effrayés pas mal d'étudiants en échange qui les ont pris pour des nazis.

N'allez pas croire que ce sont des pompoms en croquemort qu'on prend pour des tocards. Ils ont un statut social très élevé et sont admirés par beaucoup d'étudiants, d'autant plus que les leaders de Waseda sont connus pour être très bons. N'importe qui ne peut pas devenir ôenbu, ils ont des sélections et entraînements de barge (courir 10 km tout en beuglant des slogans et en portant le giga-drapeau de Waseda qui pèse 15 kilo, etc...) et jusqu'à très récemment, seuls les hommes pouvaient prétendre à ce rôle. Pourquoi ? Parce qu'il faut de la testostérone pour ce genre de boulot. Opinion contestable et contestée par Miki Kogure, demoiselle qui semble avoir plus de couilles que d'autres mecs en accédant très récemment à la fonction d'ôenbu. Une première à Waseda !

Quelques pompoms et un des leaders sur leur estrade. Les gradins principaux de Waseda se trouvent sur la gauche de la photo ; en face, c'est Keio.

J'ai donc pu voir tout ce beau monde durant le match du 30 novembre, qui était la seconde des deux manches du Sôkeisen. Waseda ayant écrasé Keio la veille, il y avait plus de monde chez ces derniers mais nos gradins s'étaient quand même pas mal remplis.

Dès le départ, j'ai eu un problème de taille : photos et vidéos étaient interdites, sauf cas exceptionnels. Pourquoi ? Parce que les années précédentes, il y a eu un scandale de trafic de photos volées où de sympathiques supporters profitaient de la structure des gradins pour photographier les petites culottes des pompoms et s'échanger les clichés sur Internet. Réponse japonaise typique : restriction générale. Mais ça n'empêche personne de le faire, le service d'ordre étant assuré par les pompoms. M'étant fait rappeler à l'ordre une paire de fois par les demoiselles en jupette et craignant de me faire balancer dehors si je me faisais choper trop de fois, j'ai joué la carte de la discrétion en prenant photos et vidéos quand les frêles vigiles avaient le dos tourné. Le résultat, c'est que j'ai pas mal de vidéos pourries mais j'ai bien pu profiter de l'ambiance.

En parlant de l'ambiance, c'est tout à fait différent de ce à quoi j'ai pu assister jusqu'à présent. J'avais poussé un petit coup de gueule quand notre ôenbu se touchait la nouille alors que ça se déchaînait chez Keio (du genre "Mais c'est quoi ces noobs, ils sont en train de nous mettre la misère niveau ambiance en face là !"), mais ce n'était que l'expression de ma totale incompréhension des bonnes manières japonaises. En effet, les ôendan ne se déchaînent qu'à tour de rôle, chacun mettant le paquet quand c'est le batteur de leur équipe qui joue et restant plus soft quand les rôles s'inversent. Il faut dire que les matchs font 9 périodes, ce qui équivaut à un peu plus de trois heures, et que faire les kékos à leur rythme pendant tout ce temps c'est un sacré sport. Sur ce coup là, le noob, c'était moi.




Ôenbu en activité réduite, mais bonne ambiance garantie

Vous pouvez voir sur la vidéo toute une flopée d'espèces de cônes à pop-corn aux couleurs de Waseda. C'est, avec la serviette, le contenu du pack supporter vendu sur place pour 500Y. C'est pas grand chose, mais vu de l'autre bout du stade, ça en balance pas mal quand des gradins entiers agitent ce bout de carton en rythme ! L'autre possibilité était d'acheter un T-shirt Waseda pour le même prix. Mais je n'en avais pas besoin, je m'étais déjà transformé en supporter sociopathe avec mon sweat à capuche Waseda et ma serviette nouée autour du front.

En face, chez Keio, ce n'était pas des T-shirts aux couleurs de l'université qu'ils portaient, mais des cravates. Oui, des cravates rouges et bleues. Pour l'anecdote, des compères français s'étant malencontreusement égarés dans les gradins de Keio en cherchant le stand repas s'étaient mis à troller l'adversaire en se procurant le cornet à pop-corn de Keio tout en portant le T-shirt de Waseda. Ils ont fait pas bugguer pas mal de Japonais éberlués qui passaient leur regard du cornet au T-shirt en s'exclamant "E, chigau ! Chigau !" (C'est différent/On se trompe !) avant de battre en retraite quand les supporters devenaient de moins en moins complaisants, Keio se faisant latter.



Keio taose ! (A bas Keio ! / Ecrasez Keio !)

Ce qui m'a frappé aussi, c'est le nombre de chants et slogans qu'ont les ôendan en répertoire. En comptant les chants solennels, les grands classiques de Waseda, les chants d'encouragement et les chants de dénigrement, on doit bien attendre les sept ou huit. Forcément, avec un tel nombre de chants, il est difficile pour le supporter lambda de retenir toutes les paroles et tous les airs. C'est pourquoi les sympathiques pompoms se sont relayées pour tenir de méga pancartes sur lesquelles étaient inscrites les paroles des chansons en train d'être chantées et le nom des joueurs qu'il fallait encourager. Et bien sûr, les leaders enjoignaient tout le monde à effectuer des chorégraphie de groupe pour bien montrer en face qu'on n'est pas une université de pédés.



Cela passe aussi par un surprenant hommage à Patrick Sébastien

A mi-temps, alors qu'on était en train de perdre à 2-1, les pompoms de terrain nous ont fait un petit show pour remonter le moral des troupes. Et tout le monde filmait comme des connards bien évidemment.



"Et nooos pompoms sont des saloooopeuuuh"

Au final, on est bien remontés vu qu'on les a niqués 4-2. Le vent tournant et la pluie commençant à tomber, les supporters de Keio ont fui comme des rats quittant le navire alors que je commençais tout juste à comprendre les règles du baseball. Autour de la 7e période sur 9 quoi.



Fin du match et applaudissements aux joueurs, le tout filmé avec la grâce d'un bovin atteint de Parkinson



Et pour finir, le chant solennel de Waseda avec sa gestuelle fasciste si populaire auprès des étudiants d'échange

La clôture du match est sans doute ce qui m'a le plus surpris. Après la fin de la chanson, Keio a lancé le slogan de Waseda, Waseda a répondu avec le slogan de Keio et les ôenbu se sont profondément inclinés devant les tribunes adversaires. La signification fait rêver : après s'être opposés le temps d'un match, on scelle de nouveau l'amitié entre les supporters de Waseda et ceux de Keio. Le respect de l'autre est au fond de tout, même quand on ne souhaite que la défaite de l'adversaire, et c'est ça qui donne au Sôkeisen la palme du bon esprit.

mercredi 2 novembre 2011

L'amour, les chats et le Japon

Si pour certains le Japon est le pays des sumo, des ninja et des samouraï, pour d'autres c'est plutôt celui des geishas, des quartiers sulfureux et des love hotels. Vu c'était le Jour de la Culture l'autre jour et que pour une fois on a fait le pont, je vous ai fait un joli post à propos d'amour, de jeunes japonais et de chats. Et peut-être d'un peu plus encore.


Il y a un peu plus d'une semaine, Niji no Kai a eu la grande idée de faire une petite présentation de la culture japonaise sous le nom de Japan Study. Thème de la séance : "What is LOVE like in Japan ?". Vu que ça semblait fun et intéressant, j'ai pris la fin de mon mercredi aprèm pour y aller.

On s'est donc retrouvés dans une grande salle de conférence avec bien plus de monde que prévu. Après avoir lutté pour trouver un projecteur, la séance a commencé. J'avais peur que ce soit un truc un peu glauque sous-titré "Comment choper un(e) Japonais(e) quand vous êtes étranger ?" ; eh bien la première partie en avait la saveur.

On nous a présenté le principe et le déroulement d'un Gou-kon (合コン), sorte de blind dating où un gars et une fille qui veulent mieux se connaître ramènent leurs copains/copines pour avoir plusieurs couples potentiels autour de la table pour dîner. S'ensuit tout un cérémonial pour faire connaissance, notamment des jeux plus ou moins alcoolisés qui sont soit extrêmement naïfs soit extrêmement pervers. Si ça ressemble à des "j'ai déjà/j'ai jamais" et des jeux de succession de signes où les échecs sont sanctionnés par des gages du type "X embrasse Y sur la joue" - ce qui fait un peu gosse de 12 ans -, je suis sûr que ça doit être bien moins innocent que ça dans la réalité.
Les reconstitutions vidéos m'ont semblé assez glauques, on avait l'impression que les acteurs étaient mal à l'aise et qu'ils n'avaient qu'une seule envie : celle de se barrer vite fait bien fait. Attitude plutôt compréhensible quand on se met dans une situation où tous les convives ne sont là que pour tirer leur coup.
Au final, il s'est avéré que je n'ai pas compris grand chose vu que les Japonais se rendent aussi aux Gou-kon pour le simple fait de s'amuser et de se faire des potes. Ca m'apprendra à avoir des arrière-pensées.

Gou-kon typique. De haut en bas et de gauche à droite : "Moi", "Un ami inintéressant", "Les filles"

La présentation s'est poursuivie de façon plus relax avec un petit topo mignon sur les différentes façons de dire "Je t'aime" selon les régions du Japon. Le tout avec un Powerpoint dégoulinant de rose et de coeurs dans tous les sens. Kawaii~ !

Mais c'est vers la fin que c'est devenu épique. On nous a distribué des polycopiés avec une liste de mots en langage de djeunz' japonais, chacun se rapportant aux stéréotypes amoureux assortis d'une traduction hasardeuse en anglais. Et on nous a projeté une vidéo explicative des différents termes avec des mises en situation hilarantes au possible. Coup de chance, j'ai réussi à remettre la main sur la vidéo et elle devrait être visible ici.

Faisons donc un petit tour en revue :

B-sen (B専) "Like ugly guys"
Se dit d'une fille qui aime non-pas les beaux mecs populaires, ceux de Première classe, mais les loosers et autres laissés-pour-compte. La deuxième division quoi.

Sweets (スイーツ) "Girls that are stupid but care about fashion"
Des donzelles mignonnes et à fond dans la mode, mais qui manquent de plomb dans la cervelle. Ou sont juste stupides, mais c'est mignon.

Otaku (オタク) "Nerd"
Personne qui est tellement à fond dans sa passion qu'elle en devient quelque peu bizarre. Ce n'est pas forcément relié aux jeux vidéos et aux mangas, ça peut concerner tout et n'importe quoi. Et ça se reflète sur la personne.

GAL (ギャル) "Showy girls"
Petite kikoo-pouf attention whore à forte personnalité.

Soushokukei(草食系) "Herbivore men" & Nikushokukei (肉食系) "Carnivorous men"
N'ayant jamais entendu ces expressions de carnivore et d'herbivore, je suis resté en mode WTF jusqu'à avoir des illustrations complètes. Au final, c'est clair comme de l'eau de roche. Le mec herbivore, comme le laisse entendre l'adjectif, est placide : pas franchement passionné, il se laisse entraîner, ne prend jamais les décisions et répond bien souvent par "c'est comme tu veux" ou "c'est toi qui décide". La nonchalance à l'état pur, mais dans le mauvais sens du terme d'autant plus qu'il ne capte jamais ce que la donzelle veut vraiment. Le mec carnivore, à l'inverse, est ultra au taquet : il fait son marché, traque ses proies et attaque, parfois violemment et de manière ultra relou. N'étant pas là pour manger des salades, il veut de la chair fraîche. S'il n'est pas forcément un tombeur, il sait ce qu'il désire et arrive bien souvent à ses fins.

Et après, on peut faire mixer ces deux derniers avec des métaphores culinaires.

Rollcabbage (ロールキャベツ) "Carnivorous men that looks like herbivore men"
C'est plutôt clair : c'est un carnivore qui ressemble à un herbivore. D'apparence nonchalante, timide et désintéressée, il est en réalité chaud bouillant et sait s'y prendre. Pour info, un rollcabbage, c'est ça.

Aspara Nikumaki (アスパラ肉巻き) "Herbivore men that looks like carnivorous men"
C'est un mec qui a l'air ultra hot et chaud comme la braise, mais qui est d'une timidité voire d'un manque d'intérêt et de compréhension plutôt déconcertant pour la gent féminine. En gros, ça ressemble à ça.

Tennenkei (天然系) "Pure girl"
Il s'agit de la demoiselle tellement pure et naïve que ça en devient étrange. Elle ne voit pas le mal et ne comprend pas les sous-entendus, ce qui fait qu'elle est un peu bébête mais très intentionnée.

Wasejo (わせ女) "Waseda girls"
Sans doute la némésis de la Tennenkei. Souvent bourrée, rusée pour arriver à ses fins, ayant les moeurs légers et étant sans doute un peu mauvaise langue, c'est la fierté de notre maison. Oui monsieur.

Tsundere (ツンデレ) "Cool but nice"
Derrière cette traduction mystérieuse se cache la fille des contraires. Celle qui feint l'indifférence quand elle est heureuse de quelque chose, qui engueule ceux qu'elle aime en vérité et qui est de manière générale en train de gueuler à propos de tout et n'importe quoi. Mais au fond, c'est une très gentille fille. Pour nos amis connaisseurs, cette pouffiasse d'Asuka d'Evangelion est un bon exemple.

Riaju (リア充) "People who lead a full life"
Je dois vous faire un dessin ? Parce qu'en fait, j'hésite encore sur la portée de cette expression.

Félicitations ! Vous avez complété l'encyclopédie des stéréotypes, vous pouvez jouer à qualifier vos petits camarades dès à présent !

On nous avait aussi fait une petite présentation sur les bons endroits où convenir d'un rendez-vous. Etant bien moins détaillé et révélateur que je l'avais espéré, elle s'est limité à nous présenter les endroits coolos de Yokohama (grande roue, maison en briques rouge, yeah !) et à recommander les Neko café.

... Hein ?

J'avoue avoir un peu buggé sur le moment. Les Neko café ? Un date spot, vraiment ? J'en avais déjà entendu parler auparavant et je connaissais donc le principe : on se rend dans une sorte de salon de thé pour papouiller des chats. Ca m'avait semblé un peu léger, mais j'avais dû louper louper le côté romantique de la chose.

Il faut bien croire que je devais y aller moi-même pour vérifier la chose. Et vu que ma moitié me suggérait depuis un bon moment et l'air de rien d'aller dans un Neko café qu'elle a adoré, on s'est mis en route pour Shibuya. Pas tant à l'écart que ça de son célèbre carrefour surpeuplé et des artères encombrées d'enseignes lumineuses, on a trouvé cette enseigne de paix.

Neko café "Happy neko". Soit dit en passant, Neko veut dire... tadadaaaa... chat !

A l'intérieur, on s'est retrouvé dans une ambiance à mi-chemin entre le salon de thé pépère et la chambre de jeune fille. Lavage et désinfection des mains obligatoires à l'entrée, petit topo sur ce qu'on peut faire ou non avec les chats, on paye en fonction du temps passé et on peut acheter de la nourriture pour chats. De la nourriture pour humains aussi d'ailleurs, mais tout est plus ou moins un dérivé du lait. Petite galerie photo...







Dès le premier pas à l'intérieur, je me suis rendu compte que Niji no Kai n'avait pas raconté des cracks. Un couple de jeunes gens était affalé sur le tapis central, visiblement en rendez-vous amoureux, occupé à jouer avec un petit chaton. J'ai juste un peu foutu leur date en l'air quand j'ai ouvert la petite boîte format échantillon d'urine contenant les cinq misérables croquettes, tous les chats de la pièce s'étant précipités comme des connards pour avoir leur part du gâteau.

Morfales.

Il faut noter que comme ces chats sont papouillés 24h/24 par des inconnus, ils ont chopé un ego comparable à celui d'Olivier Duhamel. Ils s'en foutent parfaitement de toi et ne se laissent caresser que du bout des doigts, jetant à l'occasion des regards chargés de mépris, mais dès que t'as un peu de nourriture dans les mains ils se font tout de suite plus amicaux. Satanés opportunistes.

C'était bien sympathique de voir de jolies peluches vivantes, mais je me suis demandé comment ce concept peut marcher. L'explication qu'on m'a avancée me semble plausible : bien des Tokyoïtes ne pouvant pas garder d'animal de compagnie chez eux, c'est un moyen de compenser et un exutoire au trop-plein d'amour à déverser.

Ou alors, c'est tout simplement parce que les Japonais aiment les chats. Et les filles aux oreilles de chat.

Ce n'est pas seulement la rentabilité des Neko café qui est conditionnée par la structure de la société, mais aussi l'ensemble des comportements amoureux et de la vie de couple japonaise. Si vous avez lu le roman (surcoté) d'Amélie Nothomb Stupeur et tremblement, vous n'aurez pas loupé toute la partie sur la volonté de se marier jeune au Japon.

Nothomb a comparé la fille célibataire passés 25 ans à une fleur fanée au regard de la société japonaise ; heureusement, les choses ne sont plus ainsi. Dû aux transformations de la société etc., par rapport à ce qui était la norme quelques décennies plus tôt, on se marie soit très tôt (tout juste après la vingtaine, voire même avant), soit très tard (à l'aube de la trentaine). Passé 30 ans, ça craint pour les Japonaises. Pas juste parce qu'elles sont célibataires, mais parce qu'elles ont de plus en plus de chances de le rester : si elles n'ont pas trouvé de mari à cet âge, pensent les Japonais, c'est qu'il doit y avoir une bonne raison...

C'est pour ça qu'après la recherche du premier travail - tâche ardue durant la dernière année à l'université - et sa place ancrée dans le monde du travail, certaines japonaises se lancent dans une autre chasse au trésor : celui d'un mari. Et là, ça y va fort en Gou-kon. Les étrangers étant très prisés, vous avez de très fortes chances de recevoir des avances insistantes de la part de vos collègues féminins si vous êtes un gaijin salary-man. Et encore plus si vous êtes un Français venant de Paris. Le harcèlement sexuel va dans les deux sens.

Dans cette recherche frénétique contre la montre, il semblerait que les femmes fassent feu de tout bois. La structure du travail joue en cette faveur : les travailleurs japonais étant très pris par leur travail, partant tôt le matin, revenant tard le soir et enchaînant voyage d'affaire sur voyage d'affaire, il est facile pour un couple de ne pas se voir du tout. Ainsi, il est des foyers où le seul lien entre le mari et la femme soit les enfants, pas l'amour. D'ailleurs, les couples ne semblent pas montrer leur attachement en public, pas même dans le cercle familial : de nombreux Japonais n'ont jamais vu leurs parents rien que se tenir la main ! De manière générale, il n'est pas très bien vu de se bécoter en public et rares sont les couples marchant dans la rue main dans la main. Cela se retrouve chez les jeunes aussi : je ne me souviens pas avoir vu beaucoup de couples sur le campus, et sans cette merveilleuse invention qu'est Facebook je n'aurais jamais deviné qu'un tel sort avec un tel. Ou alors, ma sagacité ne s'est exprimée qu'en remarquant des signes discrets.

Je ne sais pas dans quel sens va la causalité, mais contrairement à ce qu'on pourrait penser, le Japonais est plutôt... volage. L'infidélité semble chose courante et la confiance n'est pas au top dans le couple, certaines étudiantes refuseraient même de voyager hors du Japon pour tenir un oeil sur leur copain. Si l'homme peut se permettre quelques plaisirs extra-conjugaux durant ses longs voyages d'affaires à des centaines de kilomètres du foyer, rien n'interdit l'épouse d'en faire de même. Peut-être dans la lignée des mariages arrangés traditionnels, il est admis que le bonheur et l'amour puissent se trouver hors du couple officiel.

Dès lors, toute une structure de services se met en place. Monsieur veut passer un petit moment avec une demoiselle illégitime en tout anonymat ? Pas de problème, le réseau des love hotels est répandu tout autour des grandes gares tokyoïtes, aucun contact visuel ne se fait entre le personnel et les clients tandis que les plaques d'immatriculation des voitures sont camouflées. Pas le temps de passer la nuit ? Aucun souci, les love hotels proposent aussi des "breaks", comprendre une tarification par périodes de 3 heures à tout moment de la journée ou de la nuit. Le love hotel est aussi populaire auprès des jeunes étudiants qui vivent tardivement chez leurs parents et/ou à une très longue distance. Le love hotel s'implante aussi à proximité des boîtes de nuit pour satisfaire aux belles rencontres. Les clients ont des attentes particulières ? On a pensé à tout avec des hôtels à thèmes prêts à répondre à tous les fantasmes avec mobilier, décoration, matériel vidéo et accessoires fournis. Des professionnels, ces Japonais.

Colline des love hotels à Shibuya

Mais attention, la prostitution est officiellement interdite au Japon. Vraiment ? Qui sont alors ces demoiselles courtement vêtues qui font les cent pas dans les petites ruelles, non-loin des love hotels par ailleurs ? Attendent-elles leur cher et tendre ? Il faut voir ce qu'on entend par prostitution. Au Japon, il n'y a prostitution que s'il y a pénétration... ce qui fait qu'un grand business s'est créé autour de la fellation dans les bars à hôtesses, chez les masseuses ou bien dans des bains spéciaux où on se fait savonner par des demoiselles et bien plus encore.

Mais rassurez-vous, si vous êtes occidental, vous n'aurez pas besoin d'avoir recours à ces services. Les Occidentaux sont extrêmement populaires et vous ne devriez pas avoir de mal à vous trouver un copain/une copine. Car vous devenez Charisma Man.


mercredi 26 octobre 2011

Nakamura 4 ever

L'autre jour, je suis tombé malade. J'ai dû me choper une saloperie qui passe, avec pour résultat un rhume bien méchant et une grosse faiblesse qui m'a cloué au lit pour l'aprèm. Pauvre chou

Ca doit être à cause de l'automne tout ça, avec une alternance de jours chauds à 25°C et de jours frais à 15°C. Encore que je ne crache pas trop sur l'automne, tout d'abord parce qu'il n'y a eu qu'une ou deux journées froides depuis le début et parce que c'est la saison idéale après un été de l'angoisse où on se demande par où est la sortie du hammam. Et à la différence de la France, notamment de mon Plateau, il ne pleut quasiment jamais. Du coup, on se balade en T-shirt jusqu'à se faire fister par la monsieur de la météo.

Etant malade, j'ai fait comme les Japonais : j'ai mis un masque.


Halloween n'est plus très loin.

A part ça, il m'est arrivé plein plein de trucs durant ce mois où je n'ai presque pas posté. Ca part dans tellement de directions différentes qu'il n'est pas facile d'en faire un récit harmonieux... Mais fort heureusement, j'ai trouvé un fil conducteur pour beaucoup d'évènements : Nakamura-san, la gardienne de la résidence.


Tout a commencé lors d'une soirée normale fin septembre, où en rentrant de courses je décide de passer par la cuisine. Et là, grand WTF, je vois les Italiennes et Nakamura-san attablées autour de deux packs de bière. Vides. Je me vois proposer une des bières restantes, je la prends et m'apprête à l'ouvrir quand Nakamura-san m'arrête à temps : elle n'est pas fraîche, il faut la mettre au frigo pendant quelques minutes. Awesome.
Elle nous a alors un peu raconté son histoire personnelle. Fan d'Elvis dans les 60es, elle a appris quelques rudiments d'anglais en écoutant ses chansons. Elle aime toujours la musique d'ailleurs, ainsi que le cinéma, ce qui fait drôle de voir cette incroyable grand-mère japonaise s'enflammer pour Autant en emporte le vent. Elle a bossé pendant quelques décennies dans la résidence, et maintenant que c'est sa dernière année... Pour une raison ou pour une autre, elle nous a pris en affection et demande plusieurs fois si ça nous dérange qu'elle soit là. Bien sûr que non !

Le jeudi suivant, je monte dans la cuisine à temps pour voir deux grands bols de salade et un pichet de Sangria maison faits par mamie Nakamura à notre attention pour le dîner. Awesome. Mais le timing est très mauvais, ayant un rendez-vous prévu avec d'autres personnes... Ce n'est que partie remise, car le samedi s'organise une grande cooking party dans le dorm !

Les Pays-Bas préparant des sortes de pains perdus ultra bons

Boulettes de viande pour l'Italie

Purée de pommes de terres et brocolis pour le Danemark

Plâtrée de maki de la part d'une Residing Assistant japonaise

Mais le top du top, c'est Nakamura-san qui s'est une fois de plus déchirée pour nous.


Si je ne me rappelle plus du nom du plat, il n'en reste pas moins que c'est un sacré baquet avec du riz surmonté de morceaux d'omelette, de légumes frais, de fruits de mer, etc... Le must, quoi.

A côté de ça, l'Angleterre, la France et le Mexique ne brillent pas pour leur originalité vu qu'ils ont préparé respectivement des pancakes, des crêpes et des tacos. L'union des glucides fait la force. Toujours est-il qu'on a eu à manger pour trois jours après ça.



Une semaine plus tard, Nakamura-san nous a entraînés dans le resto de son fils. Oui, de son fils, qui tient un petit resto de cuisine française ultra-populaire et ultra-coté pour lequel il faut réserver des semaines à l'avances pour avoir une table. C'est comme ça qu'on s'est retrouvés un dimanche à Asakusa, quartier à l'ambiance très chouette renfermant notamment le plus ancien temple de Tokyo, qui est à mes yeux celui qui a le plus de gueule : le Sensô-ji !

Le complexe est ouvert par la célèbre Kaminarimon (雷門, La porte du Tonnerre), gardée par Raijin et Fûijin, dieux de la Foudre et du Vent

Plutôt célèbre aussi, l'allée menant au temple est occupée sur 200 mètres par une infinité d'échoppes vendant babioles, kimono et nourriture. Le meilleur endroit pour trouver des souvenirs à Tokyo.

Le portail d'entrée monumental du temple, qui n'est pas là pour rigoler

Le temple proprement dit, envahi par les touristes le week-end. Là, c'était un soir tranquille de semaine


Asakusa est encore relativement proche du dorm, à à peu près 30 minutes en métro changements compris. Mais le problème, c'est que quand on a une gueule de bois à cause de la double-soirée de la veille, 30 minutes bringuebalé dans tous les sens semblent une éternité. Une éternité de souffrance. Fort heureusement, quand on réapparaît à la lueur du jour, il y a certaines choses qui font passer la nausée. Le Tokyo Sky Tree, par exemple.


Avec ses 634 mètres, c'est la plus grande tour du monde et la seconde plus grande construction du monde (coucou Burj Khalifa).

En s'éloignant un peu des grandes avenues pour s'aventurer dans les petites rues, on arrive dans le restaurant. La classe.


Ce n'était pas vraiment de la cuisine française, mais bien plutôt de la cuisine japonaise adaptée à une présentation à la française. C'est d'ailleurs bien mieux comme ça, je n'ai pas fait le tour de la Terre pour manger un steak frites ! Croyez-moi, c'était un délice.




Continuons dans un autre registre avec une sortie culturelle : nous étions alors le lundi 17 octobre au soir. Nakamura-san connaissait un temple où se déroulait un matsuri et tenait absolument à nous y emmener. C'est ainsi qu'elle s'est présentée devant nous avec une paire de baskets aux pieds, déclarant que c'était à une vingtaine de minutes de marche tout en nous montrant son smartphone avec un grand sourire. Une application y affichait qu'elle avait fait plus de 10.000 pas dans la journée. Elle tient la forme pour une demoiselle de plus de 70 ans !

Le temple était assez loin en effet. Dénommé Kishimojindô (鬼子母神堂), il est dédié à une divinité bouddhique nommée Kishimojin (鬼子母神, les caractères signifiant uns-à-uns ogre/enfant/mère/dieu), d'où le nom du temple, mes très chers captain obvious. Dans les temps anciens, il s'agissait d'une ogresse dévorant les enfants des autres pour nourrir les siens. Mais un jour, le Bouddha est arrivé et lui a donné une petite leçon en touchant à ses enfants, et depuis l'ogresse cannibale s'est calmée pour devenir une protectrice des mères et des enfants. De nos jours, les mères japonaises vont prier à ce temple pour bénir leur relation avec leur progéniture.

Demoiselles japonaises devant le Kishimojindô

Toujours est-il que le matsuri n'avait pas grand chose à voir avec ça. Il s'agissait de l'Oeshiki-matsuri, festival de grande ampleur qui se déroulait dans trois endroits différents de Tokyo en même temps, et sans doute aussi en dehors de la capitale. En mémoire de Nichiren, grand bonze du XIIIe siècle, on fait la fête autour des temples et on lance de grandes processions à grands renforts de musique et d'acclamations. Mais le plus important reste la lanterne.


Portée à tour de rôle par les participants, elle pulse et virevolte au son des tambours comme une méduse. Petit morceau d'ambiance avec une vidéo du cru.



On ne voit qu'une lanterne sur cette vidéo, mais il paraît qu'une grande procession a eu lieu plus tard dans la soirée avec une dizaine de poulpes lumineux du même genre. Mais c'était trop tard pour nous, malheureusement.

Quoi qu'il en soit, j'ai adoré l'ambiance de kermesse qui régnait tout autour du temple. Des dizaines et des dizaines d'échoppes et de stands s'étaient plantés dans le domaine, vendant de la nourriture typique pour pas cher, des bières pour très cher, des petits poissons rouges pour les enfants et toutes sortes de masques, vire-vents et autres babioles dans un esprit festif. Ca sentait bon la fête innocente et les souvenirs d'enfant.






Dernière sortie et pas des moindre, Nakamura-san tenait à nous emmener dans un izakaya qu'elle connaît bien. Samedi dernier donc, on part en début de soirée pour Yotsuya, au coeur de la capitale. On prend l'ascenseur dans un immeuble semblable à tant d'autres, et rien ne laissait présager que l'ouverture des portes nous précipiterait dans une bonne ambiance de bar à la japonaise. On se serait cru aux temps de la Prohibition où des portes dérobées menaient aux pubs clandestins.

Là, les tenanciers d'un certain âge saluent Nakamura et nous emmènent à une grande table. Il n'y avait quasiment personne, comme si l'établissement avait été privatisé pour nous. On a très vite commencé à trinquer alors que les plats simples, mais ouffisimes d'izakaya affluaient devant nous. Poulpe, sashimi, croquettes, on a eu droit à tout. Mais le plus beau, c'est quand notre Resident Assistant Hiroshi nous a annoncé que Nakamura était une grande habituée de ce bar. Au même moment, elle est apparue avec une énorme bouteille de whisky offerte par le patron et qu'elle a posé sur la table avec l'air de dire "Roulez jeunesse !". C'était magique.

Plus tard, un vieux pote de Nakamura est arrivé et s'est assis à la table. Avec sa voix rauque mais posée, son visage ridé, ses yeux réduits à la taille de fentes et son béret vissé sur la tête, il était entièrement dans l'ambiance. La véritable image d'Epinal du grand-père ouvrier habitué des bars où il retrouve ses potes le soir venu. Et pour un habitué, c'était un habitué lui-aussi : sur un simple geste, le patron lui a passé sa bouteille personnelle. Avec une coque en bois peinturlurée d'inscriptions et au goulot entouré d'une dizaine de pendentifs et bibelots clinquants, on ne pouvait faire plus customisé. Comme on pouvait le penser en le voyant, il était ultra-sympa : il nous a suffi de parler un peu avec lui pour qu'il nous ramène des pâtisseries japonaises et en distribue à tout le monde. Il est même allé jusqu'à faire un aller-retour pour en chercher une deuxième tournée pour les demoiselles. Adorable jusqu'au bout.

Comme Nakamura-san.

vendredi 21 octobre 2011

Les samouraï du houblon


J'ai attendu d'avoir un peu de bouteille avant de parler de ce sujet fort intéressant qu'est sortir au Japon.

Eh oui, que fait la jeunesse tokyoïte les soirs du week-end ou de la semaine ? Elle sort se faire une bouffe au sushi-bar du coin ? Elle sirote une bouteille de saké au bord des douves du Palais impérial sous les cerisiers en fleurs ? Elle part se déhancher sur de la J-pop dans les boîtes de nuit tenues par des yakuza, avec des samouraï comme videurs ?

Que nenni. Elle va se murger la gueule.

Etudiant lambda un vendredi soir

Quelques petites précisions avant d'aller plus loin.

1. La plupart des alcools sont vendus à un prix hallucinant au Japon.

Cela concerne tout particulièrement la bière : si on veut de la vraie bière, il faut être prêt à allonger autour de 300 yens (3€) pour une canette de 33 cL. Et plus encore si on veut de la bière d'importation. C'est sans doute à cause de ça qu'une autre catégorie de bière, nommée namabiiru (生ビ-ル) et brassée par les mêmes compagnies se vend partout pour deux fois moins cher. Pour faire simple, c'est de la bière filtrée mais non-pasteurisée qui est censée avoir un goût plus frais et se conserver moins longtemps. C'est un juste équivalent des bières de luxe française qui ne sont bonnes qu'à décaper les chiottes mais qu'on boit par habitude ou parce que c'est bon marché. Toujours est-il que la namabiiru semble être la boisson la plus populaire chez les jeunes japonais.

Après, on trouve en vrac tous les alcools asiatiques qui ne sont pas très très chers, au même titre que le whisky (je n'ai toujours pas compris pourquoi). On a bien sûr du Nihonshu (ce qu'on désigne par saké en Occident) qui se décline comme les vins français en infinité de labels, mais aussi du Shôchû (de la liqueur de riz autour de 25%-35%), de l'Umeshu (alcool de prune très sucré qui se boit on the rocks ou avec du soda), du Soju (alcool de riz coréen qui a le même goût que la vodka mais qui est à 20%), etc... On les boit d'habitude posé dans des izakayas (bars japonais) normaux, pas tellement pour les grosses orgies. A noter que les demoiselles prisent tout particulièrement un cocktail nommé Kashisuorenji qui, comme son nom l'indique, est à base de crème de cassis et de jus d'orange. A essayer.

En revanche, mes chers adeptes du jus de raisin, ce n'est pas la peine de chercher du vin ici. Même pas en rêve. La piquette vendue au Franprix du coin pour 0.75 € (typiquement le Grappe-vin ou la Cuvée du patron) se négocie autour de 500 yens (5€) ici. Tenez-le pour dit.

2. Le groupe étudié n'est pas une équipe de baltringues.

Outre son excellence académique et son rayonnement sans pareil dans l'archipel ("Perle des universités privées" selon mon dico électronique), Waseda a une autre particularité qui fait sa renommée. La réputation d'une université d'alcoolos.

J'ai déjà dû vous en parler, Waseda est l'université avec le plus grand nombre de clubs et de cercles du Japon. Clubs dont l'intégration est incontournable si on espère avoir une vie sociale. Clubs avec lesquels ont sort souvent. Clubs avec lesquels on va boire tout le temps. On appelle ce rituel nomikai (飲み会, littéralement "rencontre pour boire").

Le déroulement est simple. Tout d'abord, on se rassemble devant la station Takadanobaba avant de partir en groupe pour un izakaya du coin, qu'on soit 5 ou 50. On fourre ses chaussures dans un casier ou un sac plastique, on prend ses aises dans une pièces aux dimensions convenables et on lance la première commande de bière. Dès lors et pendant deux heures, c'est boisson et souvent bouffe à volonté. On entre dans la véritable socialisation japonaise avec discussions enflammées, jeux d'alcool plus ou moins salauds et désinhibition totale sur fond de course à qui descend le plus de verres. La petite japonaise timide et réservée peut se changer en incroyable chagasse en l'espace de quelques culs secs.

Une fois mis à la porte par les tenanciers, on se divise en plusieurs groupes envahissant les combini (supérette ouverte 24/24) pour racheter des munitions puis on part à la recherche d'un bon coin pour une after. L'option la plus pratique est de partir hanter le parc Toyama voisin, espace immense de verdure nous ouvrant grand les bras. On continue la soirée là-bas jusqu'à ce qu'un évènement extérieur (la police par exemple) vienne nous disperser. Le tout se termine sur le coup de minuit à Takadanobaba, où les gens bourrés dorment par terre ou vomissent sans la délicatesse occidentale de gerber dans les toilettes ou un coin hors des regards (les Japonais nous trouvent vachement classes pour ça d'ailleurs), puis on prend le dernier métro pour rentrer chez soi. Et se remettre.

Début de nomikai à 100 convives. Il a vite dégénéré en discours des uns et des autres appelés à faire des culs secs de bouteilles de bière ; chaque victime désignant la personne suivante, c'est un très bon moyen de régler les vendettas personnelles.


Minuit ? Oui, j'ai bien écrit minuit. Les soirées commencent extrêmement tôt au Japon, autour de 17h30-18h, ce qui n'a pas manqué de m'étonner en arrivant. Mais le soleil se couchant vers 17h, on est tout autant en pleine nuit et on se sent comme à 21h de l'autre côté du globe. C'est plutôt cocasse de réaliser qu'on est bourré à 19h alors que la nuit ne fait que commencer. L'avantage de ce système, c'est que les soirées finissent tôt et permettent de se réveiller en bon état le lendemain, qu'on ait cours ou non. Il faudrait en prendre note pour Paris.

On dit souvent que les Japonais ne tiennent pas l'alcool. C'est bien souvent vrai, et pas seulement parce qu'il leur manque un gène codant pour une enzyme rendant l'alcool tolérable pour l'organisme. Ils ont une expérience différente de l'alcool qu'en France ou ailleurs en Europe. Dans un pays où l'âge légal de consommation d'alcool est à 20 ans, les jeunes japonais n'ont jamais bu plus d'une goutte avant la séparation d'avec les parents. Les premières expériences se font donc lors de l'entrée à l'université, versant directement dans le binge drinking sans conscience de ses propres limites. C'est assez drôle de voir les Japonais faire à 18-19 ans les mêmes erreurs que les Français à 14-16 ans.

Cette culture particulière de l'alcool se poursuit dans la vie professionnelle. Il n'est pas rare qu'après une journée harassante au boulot, les salary men partent en groupe à l'izakaya du coin pour se faire une petite bouffe mais surtout, surtout boire des bières. On pourrait penser que c'est le moment où les barrières hiérarchiques se brisent ; bien au contraire, elles sont plus présentes que jamais. On touche ici aux usages de la boisson, qui sont les suivants :
  • On ne se ressert jamais à boire. Lorsque son verre est vide, on ressert un autre convive (idéalement un sempai, ie un aîné ou un supérieur hiérarchique) qui à son tour remplira l'autre verre.
  • Lorsqu'on se fait servir, il est de bon ton de tenir le verre avec une main et d'en soutenir le fond avec le bout des doigts de l'autre main. De même, lorsque l'on sert, il faut s'assurer de présenter l'étiquette de la bouteille au convive auquel on verse l'alcool.
  • On ne refuse rien au sempai. Si le sempai veut te faire boire, tu bois.

En clair, la finalité de l'alcool est différente entre l'Occident et le pays du Soleil Levant. En France, c'est en premier lieu un moyen de socialisation : on va boire avec des amis pour se retrouver, fête la fête et passer un bon moment. Boire seul fait alcoolique. Au Japon, l'alcool suit une logique différente : on va boire pour se foutre une mine, mais on le fait en groupe.


Salaryman lambda le samedi soir

lundi 10 octobre 2011

Let's dance, baby !

Photo : Teams de rockers à la Grease s'affrontant en dansant le rockabilly au parc Yoyogi.

Je m'étais promis de ne pas faire de bilan parce qu'un bilan, ça trompe énormément (et puis ça rapproche de la fin), mais je n'ai pas envie de réviser pour mon test d'idéogrammes et ce blog est encore désespérément vide.

Bref, ça fait un mois que je traîne mes sabots à l'autre bout du monde.

Mais en fait, ce n'est pas vrai. Ca ne fait pas un mois, mais un mois et une semaine. Bitches.

Beaucoup de choses se sont passées pendant ce mois. Beaucoup de choses agréables et à peu près rien de pénible. Je me suis habitué à voir des bridés partout, à entendre parler japonais autour de moi et n'en capter qu'une partie, à parler anglais jour après jour pour communiquer avec mes semblables et à me sentir horriblement frustré de ne toujours pas être capable de lire un magazine sans dico. Ca fait un mois et des poussières que je suis ici, mais j'ai l'impression que ça fait bien plus longtemps. Deux mois ? Trois mois ? Six mois ? Je n'ai pas vraiment eu la grosse prise de conscience "OMFG je suis au JA-PON, à huit fuseaux horaires de la France et à l'autre bout du globe !", étant trop shooté le premier jour et n'y faisant plus trop attention après. En vérité, je me sens ici comme à Langres, Paris ou Helsinki : chez moi.

J'ai aussi rencontré des gens. Beaucoup de gens avec des prénoms pas toujours faciles à retenir, à en faire des flashcards sur Anki. Et à ne toujours pas s'en rappeler un mois plus tard, à en rougir de honte. Parmi toutes ces personnes rencontrées lors de soirées, de sorties ou dans les salles de classe, beaucoup sont des étudiants d'échange comme moi, plus ou moins paumés mais aussi fous les uns que les autres.
Certains sont devenus des amis proches, notamment dans la résidence où une grande famille internationale s'est formée, les assistants de résidence japonais et les plus de 25 ans jouant le rôle des grands frères et grandes soeurs tandis que Nakamura-san endosse le costume de l'adorable grand-mère. Mais d'autres connaissances plus ou moins proches sont des japonais, des vrais de vrai, des étudiants de Niji no kai ou de WIC avec qui le courant est mieux passé que le simple échange de Facebook et de numéro/adresse mail de portable. Des gens qui se sont rappelés de moi au grand pique-nique au parc Yoyogi hier et qui se pointés de suite pour me dire bonjour, voire pour me parler en français s'ils l'ont assez bien étudiés.
S'il y a une chose fantastique dans ce début de séjour, c'est que je n'ai pas la sensation d'avoir fait un faux-départ, de louper le coche comme je l'ai un peu fait à Sciences-Po en première année. J'ai vraiment l'impression d'être en train de me refaire une vie ici, au pays du Soleil Levant, où l'astre diurne se lève à 5h30 et se couche à 18h.

Ce pique-nique m'a aussi fait prendre conscience de mes progrès. C'est pas encore la joie, mais j'arrive à tenir une communication en japonais, à comprendre à peu près ce que les gens me disent et à répondre quelque chose de compréhensible pas trop hors-sujet. Et puis j'arrive peu à peu à copier l'accent japonais, à défaut de l'avoir pour le moment. Point trop s'en faut pour un début, il suffit de partir à point. A point nommé. A poing nommé.

En parlant de poing, je vais sans doute rejoindre un club de karaté à Waseda. Premier entraînement demain, je vais y aller en touriste avec d'autres gens pour voir comment ça se passe et si les gens sont assez coolôs pour que j'aie envie de claquer ma thune chaque semaine à me beurrer la gueule avec eux. C'est comme ça que ça se passe au Japon.

Et puisqu'on parle de poing, je ne résiste pas à l'envie de vous montrer comment l'à-peu-près équivalent de nos Fils d'Arcueil soulève les foules, en compagnie des charmantes pom-poms du cru. C'était à une réception donnée par l'université aux nouveaux étudiants d'échange, le truc assez hilarant où il y a plein de bouffe qui disparaît on-ne-sait-où et où on joue les chansons emblématiques de l'université pour apprendre à être un bon supporter. Ici, c'est Kompeki no Sora, soit Le ciel azur. C'est joli, c'est punchy, mais niveau cheerleading ça doit donner bien mieux dans un stade de 100.000 personnes.